Accueil > Actualités > Conférence C Nature : les agriculteurs du Pacifique face au changement climatique

 

 

Observer, innover et transmettre

 

Le 02 décembre 2025 à 18 h, l’auditorium de la Province Sud a accueilli une conférence du cycle C’Nature consacrée à l’agriculture et l’adaptation face au changement climatique,  réunissant plus d’une soixantaine de personnes contre une centaine pour l’édition du mois d’avril. À cette occasion, des chercheurs du projet CLIPSSA ont partagé leurs différents travaux :  Catherine Sabinot (anthropologue et ethnoécologue), Samson Jean Marie (doctorant en anthropologie et  géographie), Ida Palene  diplômée de l’ISTOM après avoir réalisé un stage de recherche au sein de l’équipe CLIPSSA à l’IRD et aujourd’hui en volontariat de service civique à l’IRD, ainsi que Maya Leclercq (anthropologue et sociologue, en visio-conférence depuis la Polynésie française). Ensemble, ils ont mis en discussion deux questions centrales fortement imbriquées : Comment les agricultrices et agriculteurs des sociétés du Pacifique observent-ils les changements climatiques et expérimentent-ils des réponses concrètes dans leurs champs et jardins ? Et comment s’organisent la circulation et la transmission de ces savoirs et pratiques visant à s’adapter aux changements?

 

La culture du risque au cœur des stratégies d’adaptations

 

Dans les îles du Pacifique, l’agriculture se pratique au plus près des saisons, des sols, des vents, de la pluie… et des événements extrêmes. Savoir anticiper une période très sèche, réorganiser les cultures après de fortes pluies, ou encore se préparer à l’approche d’un cyclone fait partie du quotidien de nombreuses familles.  Au cœur des échanges, une idée forte : les communautés de Nouvelle-Calédonie, du Vanuatu, de Wallis-et-Futuna et de Polynésie française ont construit, au fil des expériences, de véritables « cultures du risque ». Autrement dit, des manières d’observer, d’interpréter et d’agir qui permettent de faire face à l’incertitude climatique. L’enjeu, aujourd’hui, est de faire dialoguer ces savoirs et pratiques avec les connaissances scientifiques pour renforcer l’adaptation.

 

Reconnaitre et identifier les vulnérabilités face à une menace climatique réelle.

 

Lors de cette conférence, les chercheurs rappelé les transformations des  mécanismes météo-climatiques en raison du changement climatique, et notamment le mécanisme ENSO qui fait fluctuer entre autre année après année les pluies et les températures. Ils ont présenté en quoi cela influençait entre autres les cultures agricoles, les récoltes et le stockage de l’eau.

Les saisons sèches ont tendance à être plus longues, plus importantes. Elles impactent la croissance des cultures, cause un stress hydrique, assèchent les points d’eaux, rendent la terre difficile à cultiver. A contrario les inondations fortes entraînent des maladies, noient les cultures. Dans les deux cas, la population doit faire face à de nouvelles façons de gérer l’eau, se préparer à des changements dans les rendements. L’urgence climatique interroge ainsi fortement la question de la sécurité alimentaire.

« Le plus dur c’est l’eau, la saison sèche dure plus longtemps, le ptit creek là (…) cailloux, cailloux (…) on doit choisir quel champ sauver » Agriculteur de Canala, Nouvelle-Calédonie, Janvier 2024

 

L’hybridations des savoirs : instrument et espace de résilience

 

Durant la présentation et les débats qui ont suivi, l’équipe CLIPSSA a décrit l’hybridation des savoirs comme un processus actif, vivant. Cette hybridation peut se définir comme une combinaison entre savoirs endogènes (qui vient des ancêtres, inscrit dans la généalogie et transmise de générations en générations) et exogènes (sources extérieurs tels que les ONG, la science, les réseaux sociaux etc..). Au fil du temps et des évènements climatiques, les agriculteurs expérimentent ainsi de nouvelles pratiques et produisent de nouveaux savoirs nourris par leur expérience et les différentes ressources auxquels ils ont accès.

Les chercheurs ont décrits plusieurs pratiques et techniques observéesen NC, Vu, PF et WF :paillage, tuteurs inclinés, diversification des cultures, choix des emances plus robustes, innovation dans l’irrigation. Ils ont aussi montré comment les lieux et les moments d’apprentissage se diversifiaient, impliquant aussi les nakamall, les kava bars, l’école, les marchés, les champs et les petits jardins océaniens comme les faa’pu, ou encore les réseaux sociaux et les divers médias. Ces moments et lieux, ces espaces-temps se transforment sortent des sentiers ordinaires, des normes sociétales et permettent des ajustements des pratiques dans des contextes climatiques eux aussi en mouvement.

Une part de la conférence a été dédiée à la place des femmes dans la circulation des savoirs, révélant le rôle essentiel joué par les femmes pourtant souvent invisibilisé.

 

Comment a travaillé l’équipe de chercheurs avec les populations ?

 

Grâce à une succession d’entretiens semis directifs, des observations participantes, les chercheurs avec les agriculteurs et agricultrices se sont appliqués à rendre visible le vécu de ces derniers face aux modifications climatiques, et à mettre en exergue les manières dont circulent le savoir.  En réalisant avec ces derniers des ateliers de cartographies participative ils ont spatialisés les espaces et les zones de cultures  les plus soumis aux aléas du climat. Notre équipe est aussi intervenu dans les écoles avec des ateliers artistiques  intitulé    » dessine moi ton faaapu  » ou ils rendu perceptible  les représentations des élèves  et le savoir de la jeune génération.

 

Cette conférence C Nature 2025 a montré une fois de plus l’importance de conjuguer les savoirs locaux avec les connaissances académiques. Les agriculteurs et agricultrices vivent directement les effets du dérèglement climatiques et développent au quotidien des manières de prévoir le temps, de s’ajuster à ce dernier. Ils se forgent une culture du risque à force d’essai, d’erreur et de succès. En fusionnant savoirs locaux endogènes et exogènes, se dessinent des stratégies adaptatives qui sonnent plus justes pour celles et ceux qui travaillent la terre., et qui méritent d’être au mieux intégrées dans les politiques publiques.