Femmes, savoirs agricoles et dynamiques d’adaptation aux changements climatiques, sociaux et environnementaux: pratiques, circulation et reconfigurations sociales dans deux communautés rurales du Vanuatu : études de cas d’Ipayato (Sud-Ouest Santo) et d’Epao (Est Efate)
Stage de fin d’études réalisé par Ida PALENE
ISTOM : École d’ingénieur en agro développement international
Février – Août 2025
Encadrant(e)s : Samson JEAN MARIE (IRD), Catherine SABINOT (IRD)
Soutenance : le 23 octobre 2025 à l’ISTOM, Angers France, en présence de deux professeurs/chercheurs en tant que jury et de l’équipe CLIPSSA de Nouméa en visio.
Terrain: Vanuatu

@crédits photos Ida Palene
Dans deux villages ruraux de l’archipel du Vanuatu, des agricultrices réinventent au quotidien les pratiques agricoles, les solidarités et les rôles de genre pour faire face aux bouleversements climatiques et sociaux. Une jeune ingénieure en agro-développement, Ida Palene, est allée partager leur quotidien.

@crédits photos Ida Palene
Objet et enjeux du mémoire
Ce mémoire, adossé au projet CLIPSSA analyse le rôle central des femmes rurales dans les dynamiques d’adaptation face aux changements climatiques, sociaux et environnementaux, à partir de deux communautés du Vanuatu : Ipayato (Sud-Ouest de Santo) et Epao (Est d’Efate). Il s’attache à documenter la diversité des pratiques agricoles, la circulation des savoirs et les recompositions sociales et de genre dans des contextes insulaires marqués par la vulnérabilité.

Cadre théorique et méthodologique
- Approche ethnographique multi-située, fondée sur une immersion de huit semaines, observation participante et non participante, observation paysagère, entretiens semi-directifs et cartographie participative.
- L’échantillon principal est composé de quarante femmes, interrogées sur leurs pratiques agricoles, leurs organisations, leurs difficultés, les trajectoires et perceptions des changements.
- La méthodologie accorde une place centrale aux pratiques territoriales, aux logiques sociales de transmission et à l’ajustement face aux aléas.

@crédits photos Ida Palene
Principaux résultats
L’étude menée dans les villages d’Ipayato (Santo) et d’Epao (Efate) montre que les femmes rurales du Vanuatu occupent une position stratégique dans la fabrique quotidienne de la résilience. Par leurs pratiques agricoles, leurs savoirs et leurs engagements collectifs, elles assurent la continuité des systèmes de production tout en les réinventant. Trois dimensions structurent cette dynamique :
1.Adaptation climatique et sociale
Les femmes initient des formes de diversification agricole, de gestion partagée des ressources et de coopération communautaire. Ces initiatives se traduisent par des innovations techniques discrètes, des ajustements rapides aux aléas et une redistribution silencieuse des tâches liée aux mobilités masculines.
2.Savoirs et apprentissages hybrides
L’adaptation conjugue héritage local et apprentissage externe. Les agricultrices réinterprètent les savoir-faire endogènes à la lumière d’apports institutionnels, associant observation, expérimentation et sélection critique. Cette hybridation révèle une capacité à filtrer et recomposer les connaissances selon leur pertinence sociale et environnementale.
3. Rapports de genre et innovation sociale
Les associations de femmes, groupes d’épargne et collectifs de travail se présentent comme des laboratoires d’innovation sociale. Ils articulent solidarité familiales et formes institutionnelles d’entraide, ouvrant de nouveaux espaces de décision et de visibilité pour les femmes dans la sphère publique rurale.

@crédits photos Ida Palene
Discussion
L’analyse croisée des entretiens, des observations et de la cartographie participative met en lumière l’importance de l’espace cultivé comme archive vivante des savoirs et des relations sociales. Les parcelles, les itinéraires agricoles et les lieux partagés expriment des négociations constantes entre générations, entre hommes et femmes, entre normes coutumières et injonctions extérieures
L’usage de la cartographie participative, en tant qu’outil de recherche collaborative, a permis de rendre visibles des savoirs souvent implicites et de faire émerger la pluralité des représentations du territoire. L’approche spatiale s’est révélée féconde pour articuler données qualitatives, dynamiques sociales et perceptions du risque, offrant une lecture fine des vulnérabilités différenciées.
Ces résultats plaident pour une compréhension de l’adaptation comme processus culturel et relationnel, davantage que comme simple réponse technique. Les femmes, en intégrant des éléments extérieurs à leurs référents locales, redéfinissent les modes d’action et d’autorité au sein de leurs communautés. L’adaptation apparaît ainsi comme un mouvement de recomposition des savoirs, des rôles et des formes gouvernance locale.

Figure 2: Adaptation, savoirs et genre : un triangle de résilience dans les communautés rurales du Vanuatu
Conclusion
Cette recherche éclaire la plasticité et la créativité sociale des femmes rurales du Vanuatu face aux incertitudes climatiques et sociales. L’adaptation s’y manifeste comme un tissage complexe entre pratiques agricoles, structures sociales, rapports de genre et inscription territoriale. Les figures féminines rencontrées incarnent une écologie des savoirs en mouvement, fondée sur la continuité, l’expérimentation et la réinvention collective. La cartographie participative, intégrée à la démarche ethnographique, a joué un rôle central dans la mise en visibilité de ces savoirs situés et dans la construction partagée de la connaissance. En replaçant les femmes au cœur des dynamiques de transformation, cette étude invite à considérer les politiques d’adaptation non plus comme des instruments descendus du haut, mais comme des processus ancrés dans la vie ordinaire, façonnés par les relations, les choix et les savoirs des communautés elles-mêmes.
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