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Les agriculteurs et agricultrices du Pacifique face au changement climatique

Le 02 décembre 2025 à 18h, l’auditorium de la Province Sud a accueilli une conférence du cycle C’Nature consacrée à l’agriculture et l’adaptation face au changement climatique. À cette occasion, des chercheurs du projet CLIPSSA ont partagé leurs différents travaux : Catherine SABINOT (anthropologue et ethnoécologue), Samson JEAN MARIE (doctorant en anthropologie et géographie), Ida PALENE diplômée de l’ISTOM après avoir réalisé un stage de recherche au sein de l’équipe CLIPSSA à l’IRD et aujourd’hui en volontariat de service civique à l’IRD, ainsi que Maya LECLERCQ (anthropologue et sociologue, en visio-conférence depuis la Polynésie française). Ensemble, ils ont mis en discussion deux questions centrales fortement imbriquées : Comment les agricultrices et agriculteurs des sociétés du Pacifique observent ils les changements climatiques et expérimentent ils des réponses concrètes dans leurs champs et jardins ? Et comment s’organisent la circulation et la transmission de ces savoirs et pratiques visant à s’adapter aux changements?

 

La culture du risque au cœur des stratégies d’adaptation

Dans les îles du Pacifique, l’agriculture se pratique au plus près des saisons, des sols, des vents, de la pluie… et des événements extrêmes. Savoir anticiper une période très sèche, réorganiser les cultures après de fortes pluies, ou encore se préparer à l’approche d’un cyclone fait partie du quotidien de nombreuses familles. Au cœur des échanges, une idée forte : les communautés de Nouvelle-Calédonie, du Vanuatu, de Wallis-et-Futuna et de Polynésie française ont construit, au fil des expériences, de véritables « cultures du risque ». Autrement dit, des manières d’observer, d’interpréter et d’agir qui permettent de faire face à l’incertitude climatique. L’enjeu, aujourd’hui, est de faire dialoguer ces savoirs et pratiques avec les connaissances scientifiques pour renforcer l’adaptation.

 

Reconnaitre et identifier les vulnérabilités face à une menace climatique réelle.

Lors de cette conférence, les chercheurs rappelé les transformations des  mécanismes météo-climatiques en raison du changement climatique, et notamment le mécanisme ENSO qui fait fluctuer entre autre, année après année, les pluies et les températures. Ils ont présenté en quoi cela influençait entre autres les cultures agricoles, les récoltes et le stockage de l’eau.

Les saisons sèches ont tendance à être plus longues, plus importantes. Elles impactent la croissance des cultures, cause un stress hydrique, assèchent les points d’eaux, rendent la terre difficile à cultiver. A contrario les inondations fortes entraînent des maladies, noient les cultures. Dans les deux cas, la population doit faire face à de nouvelles façons de gérer l’eau, se préparer à des changements dans les rendements. L’urgence climatique interroge ainsi fortement la question de la sécurité alimentaire.

« Le plus dur c’est l’eau, la saison sèche dure plus longtemps, le ptit creek là (…) cailloux, cailloux (…) on doit choisir quel champ sauver » Agriculteur de Canala, Nouvelle-Calédonie, Janvier 2024

 

L’hybridations des savoirs : instrument et espace de résilience

Durant la présentation et les débats qui ont suivi, l’équipe CLIPSSA a décrit l’hybridation des savoirs comme un processus actif, vivant. Cette hybridation peut se définir comme une combinaison entre savoirs endogènes (qui vient des ancêtres, inscrit dans la généalogie et transmise de générations en générations) et exogènes (sources extérieurs tels que les ONG, la science, les réseaux sociaux etc..). Au fil du temps et des évènements climatiques, les agriculteurs expérimentent ainsi de nouvelles pratiques et produisent de nouveaux savoirs nourris par leur expérience et les différentes ressources auxquels ils ont accès.

Les chercheurs ont décrits plusieurs pratiques et techniques observées en Nouvelle-Calédonie, Vanuatu, Polynésie française et Wallis-et-Futuna : paillage, tuteurs inclinés, diversification des cultures, choix des semences plus robustes, innovation dans l’irrigation. Ils ont aussi montré comment les lieux et les moments d’apprentissage se diversifiaient, impliquant aussi les Nakamal, les kava bars, l’école, les marchés, les champs et les petits jardins océaniens comme les faaa’pu, ou encore les réseaux sociaux et les divers médias. Ces moments et lieux, ces espaces-temps se transforment sortent des sentiers ordinaires, des normes sociétales et permettent des ajustements des pratiques dans des contextes climatiques eux aussi en mouvement.

Une part de la conférence a été dédiée à la place des femmes dans la circulation des savoirs, révélant le rôle essentiel joué par les femmes pourtant souvent invisibilisé.

Ida PALENE, ingénieure agronome présentant ses travaux sur le rôle des femmes dans la circulation des savoirs  @crédits photos Marie BARITAUD  

 

Comment les chercheurs ont ils travaillé avec la population locale:

Grâce à des entretiens semis-directifs et de l’observation participante, les chercheurs avec les agriculteurs et agricultrices ont cherché à rendre visible le vécu des habitants face aux modifications climatiques et mettre en exergue les manières dont circulent les savoirs : en réalisant des ateliers cartographie participative ou ils ont spatialisé les zones de cultures exposées aux différents aléas et en travaillant avec les écoles, notamment via des ateliers de dessins ou ils ont pu rendre compte des représentations et savoirs de la jeune génération.

@crédits photos Marie BARITAUD

Cette conférence C Nature 2025 a montré une fois de plus l’importance de conjuguer les savoirs locaux avec les connaissances académiques. Les agriculteurs et agricultrices vivent directement les effets du dérèglement climatiques et développent au quotidien des manières de prévoir le temps, de s’ajuster à ce dernier. Ils se forgent une culture du risque à force d’essai, d’erreur et de succès. En fusionnant savoirs locaux endogènes et exogènes, se dessinent des stratégies adaptatives qui sonnent plus justes pour celles et ceux qui travaillent la terre, et qui méritent d’être au mieux intégrées dans les politiques publiques.