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Au terme de 5 ans de recherche portés sur le climat futur du Pacifique Sud, le projet de recherche-action CLIPSSA dévoile ses résultats à l’Université de la Polynésie Française (UPF). Ce 22 juin, l’équipe de recherche a pu restituer, auprès de la communauté scientifique, ses avancées sur la compréhension des changements climatiques pour les territoires insulaires du Pacifique Sud (Polynésie française, Wallis-et-Futuna, Vanuatu et Nouvelle-Calédonie). En complément de l’équipe CLIPSSA d’autres chercheurs·euses venant des laboratoires de l’UPF ont partagé leurs expertises et travaux sur les thématiques explorées par le projet.

Une restitution au cœur des territoires étudiés

L’équipe scientifique du projet CLIPSSA a eu l’honneur d’être invitée par l’Université de la Polynésie française pour réaliser la restitution de ses résultats scientifiques. Cette invitation met en lumière la collaboration tissée entre l’IRD et le réseau Recherche Enseignement Supérieur Innovation pour la Polynésie (RESIPOL) ainsi qu’avec les chercheur·euses des laboratoires impliqués dans CLIPSSA (GEPASUD, CRIOBE). Au sein de l’auditorium de la recherche de l’UPF, les scientifiques ont pu échanger sur des sujets de recherches variées et pluridisciplinaires, allant des simulations atmosphériques à l’approche sociale et juridique sur le climat, en passant par les canicules marines et jusqu’à l’apport de l’intelligence artificielle pour les simulations de l’océan.

 

 ©Fabrice CHARLEUX

L’objectif de cette journée : transmettre les acquis développés par le projet CLIPSSA à la communauté scientifique et organiser la restitution des résultats pour les journées science-gestion auprès des acteurs des territoires étudiés à savoir : la Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna, Vanuatu et la Polynésie française. 

Du côté des sciences du climat, les résultats ont montré comment les projections climatiques globales, produites à une résolution d’environ 100 km, ont été affinées pour mieux rendre compte des réalités océaniennes. Grâce à la réduction d’échelle, leur résolution a été portée à 20 km, et jusqu’à 2,5 km dans certaines zones ciblées, permettant ainsi de produire des informations beaucoup plus précises à l’échelle des territoires.

Pour le volet consacré aux sciences humaines et sociales, les chercheurs·euses ont présenté les résultats de plus de trois années d’enquêtes de terrain sur la résilience de l’agriculture océanienne face aux effets déjà visibles du changement climatique. Cette approche a permis de comprendre comment les agriculteurs·trices adaptent déjà leurs pratiques, mais aussi de construire avec eux des stratégies d’adaptation tenant compte des conditions climatiques futures et des réalités propres à chaque territoire.

Pour pouvoir évaluer les effets du changement climatique sur les cultures vivrières, notamment l’igname, le taro, le manioc etc , des études de modélisation ont été conduites durant 2 ans. À la clé : mieux cerner les vulnérabilités des cultures et bâtir des stratégies d’adaptation solides face aux conditions climatiques de demain.

L’avenir du climat du Pacifique Sud

L’association “Ihi-ā-Hīro’a” ©Fabrice CHARLEUX

La semaine des assises a commencé au sein de l’Université de la Polynésie française par un orero, art oratoire polynésien, déclamé par un étudiant membre de l’association “Ihi-ā-Hīro’a” qui a fait l’honneur de réaliser l’ouverture de cette journée avec une cérémonie culturelle et musicale réalisé par ses camarades.

Les restitutions scientifiques ont été suivies par les discours de Mélanie Roué, Représentante de l’IRD en Polynésie française, Catherine Sabinot, coordinatrice du volet Sciences humaines et sociales (SHS) et Fleur Vallet, coordinatrice du projet CLIPSSA, qui en ont profité pour remercier les partenaires de leur soutien dans l’élaboration de ce projet recherche-action, les points focaux, les assistants techniques et l’ensemble des laboratoires, institutions de la sous-région qui ont œuvré pour le travail accompli.

 Mélanie Roué ©Fabrice CHARLEUX

Le référent du projet SOCLE Outre-mer de Météo-France, Jérémy Guerbette a restitué les résultats concernant les modèles de projections à 20km et de 2,5 km de résolutions. Parmi eux, la confirmation de tendances déjà démontrée comme l’élévation de la température et la diminution du nombre de cyclone tropicaux. Là où innove le projet CLIPSSA est de réussir à quantifier ces phénomènes.

 Jérémy Guerbette ©Fabrice Charleux

Selon les scénarios étudiés, le réchauffement moyen est estimé à environ 3°C en Nouvelle-Calédonie, 2,3°C en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna. Pour les cyclones tropicaux, les quatre simulations réalisées convergent vers une baisse comprise entre 30 % et 50 %.

A cela s’ajoute une autre tendance qui risque de rendre plus difficile la vie sur les archipels du Pacifique Sud, le nombre de « jours très chauds ». Ceux-ci définies par des journées dont la température maximale dépasse 32 °C vont augmenter sur tous les territoires mais non de manière homogène. En effet, les façades sous le vent seront les reliefs particulièrement impactés par ces périodes de forte chaleur.

Malgré le travail effectué, une incertitude persiste sur l’avenir des précipitations. Les simulations mettent en évidence une forte variabilité naturelle qui empêche de déterminer une tendance à l’échelle de la fin du siècle. Les différents modèles ne permettent donc pas d’identifier, à ce stade, une évolution robuste des régimes pluviométriques sur les territoires étudiés.

Les simulations climatiques AROME ont pu être détaillées par la chercheuse Amarys CASNIN pour la Polynésie française et la chercheuse Hong-Hanh LE (pour la Nouvelle-Calédonie et Vanuatu. Elles sont notamment revenues sur la méthode de débiaisage des données, utilisée pour calibrer les modèles qui ont permis d’arriver à ses résultats. Étape qui s’est montrée cruciale, le débiaisage a permis d’affiner les différentes projections pour donner des résultats précis pour le climat de ces prochaines décennies. 

Hong-Hanh LE, ©Fabrice Charleux

Construire avec et pour les acteurs locaux

Samson Jean Marie et Catherine Sabinot ©Fabrice Charleux

L’ethnoécologue, Catherine Sabinot a pu dévoiler les résultats de trois ans et demi d’enquêtes conduites sur les quatre territoires étudiés, en compagnie de Ida Palerme, ingénieure agronome et Samson Jean Marie, doctorant en anthropologie du climat en Nouvelle-Calédonie et Vanuatu. Ces études ont analysé la manière dont les savoirs agricoles locaux se construisent, circulent et se renouvellent, afin de les mobiliser au mieux dans les plans d’adaptation à construire par les politiques publics.

Les résultats de ce volet de recherche viennent d’une combinaison d’observations, d’observations participantes, d’entretiens semi-directifs, et d’ateliers-débats réalisés avec les agriculteurs·trices des sites étudiés ainsi qu’avec les habitant·es de l’endroit, les acteurs de terrain des collectivités territoriales, provinciales et communales, les autorités coutumières.

Ce qu’ont pu comprendre l’équipe scientifique à la suite de ce travail est que les populations disposent d’une « culture du risque renouvelées », caractérisant par une série de savoirs agricoles locaux permettant de faire face aux aléas climatique, construite au fil des expériences passées face à ces événements délétères. Cette culture en perpétuelle évolution se modèle en fonction des transformations environnementales que subissent ces territoires. L’émergence de nouveaux savoirs et la diversification des lieux où se transmettent ses connaissances sont produites sont donc en constante mutation face aux aléas.

Ces savoirs agricoles locaux reposent sur une pluralité de sources complémentaires. L’expérience acquise au champ, les savoirs culturels et coutumiers, les formations techniques et scolaires, les médias et les réseaux sociaux contribuent à la mise à jour continuelle des pratiques.

La diffusion de cette culture du risque se réalise dans une grande diversité « d’espaces-temps » à savoir des lieux de circulation des savoirs. Ceux-ci sont caractérisés selon leur degré de formalisation et leur caractère plus ou moins collectif. Certains relèvent de dispositifs formels, comme les formations ou les réunions techniques. A l’inverse d’autres constituent des espaces d’échanges plus informels au sein des familles, dans un véhicule de transport, sur le marché ou encore dans les champs.

Plusieurs facteurs favorisent ou limitent cette circulation des savoirs. Parmi les principaux nous retrouvons l’organisation sociale des communautés, les moyens matériels disponibles. Le partage d’une même difficulté en même temps et le fait d’avoir déjà vécu les mêmes aléas, ainsi que l’entretien d’une mémoire collective de ces événements passés complètent ces facteurs. Enfin l’attachement culturel porté à certaines espèces ou espaces cultivés conclut l’ensemble des facteurs qui selon les contextes peuvent faciliter la diffusion des connaissances ou constituer des freins à leur transmission.

Enfin, une des contributions du projet CLIPSSA a été la construction d’une base de données recensant les savoirs-pratiques agricoles locaux, permettant de centraliser l’ensemble des données acquises sur le terrain. Ces recherches permettent de mesurer la résilience des agriculteurs·trices face aux aléas qui permettra aux pouvoirs publics de mieux élaborer ses prochains plans d’adaptation pour sécuriser l’avenir de l’agriculture océanienne.