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Projection du documentaire Le Mariage des savoirs et réalisation d’une table-ronde autour de l’adaptation des agricultures océaniennes face aux changements climatiques.

 ©Fabrice CHARLEUX

Le vendredi 26 juin 2026, le Te Fare Iamanaha – Musée de Tahiti et des Îles a accueilli une soirée ouverte au grand public, organisée dans le cadre des assises océaniennes du projet CLIPSSA. Pensée comme un temps d’échange entre scientifiques, agriculteurs·trices, représentants·es institutionnels et citoyens·nes, cette rencontre a réuni plus de cent participants autour d’une même question : comment construire des agricultures plus résilientes face aux changements climatiques ?

Articulée autour de la projection du documentaire Le Mariage des savoirs puis d’une table-ronde, la soirée a illustré l’une des convictions qui traverse l’ensemble du projet CLIPSSA : les réponses aux défis climatiques se construisent autant à partir des connaissances scientifiques que des savoirs locaux développés par les populations du Pacifique Sud.

Un documentaire pour raconter cinq années de recherche partagée

 ©Fabrice CHARLEUX

Réalisé par Jean-Michel BORE, réalisateur IRD, et coproduit par l’IRD et l’AFD, Le Mariage des savoirs retrace l’aventure scientifique et humaine de CLIPSSA à travers les témoignages de chercheurs·euses, d’agriculteurs·trices et d’habitants·es des territoires étudiés. Diffusé en français avec des sous-titres en tahitien et accompagné d’une transcription audio en anglais, le film met en lumière la richesse des échanges entre recherche et savoirs locaux, qui ont nourri les travaux du projet tout au long de ses cinq années d’existence.

Dans son discours d’ouverture, Fleur VALLET, coordonnatrice du projet, rappelle le sens de cette soirée : « les changements climatiques sont souvent évoqués à travers des chiffres, des projections ou des scénarios pour le futur. Mais il est aussi une réalité déjà vécue par de nombreuses communautés du Pacifique […] Comment adapter nos pratiques, valoriser nos savoirs et construire ensemble des territoires plus résilients ? »

 Fleur Vallet ©Willis WAWERU

Une table-ronde pour faire dialoguer les expériences

 

  ©Fleur Vallet, Maya Leclercq

Animée par la socio-anthropologue IRD, Maya LECLERCQ, la table-ronde réunit chercheurs·euses, représentants·es institutionnels et acteurs·trices du monde agricole issus de plusieurs territoires du Pacifique Sud. Les discussions croisent les résultats scientifiques de CLIPSSA avec les expériences vécues sur le terrain, faisant émerger une vision commune.  L’adaptation des agricultures ne pourra être pensée qu’en mettant en relation les connaissances scientifiques, les pratiques agricoles et les réalités sociales.

Les échanges se sont organisés autour de plusieurs grandes thématiques : la transmission des savoirs agricoles, les effets déjà perceptibles des changements climatiques, les limites des modèles agricoles importés, les enjeux de gouvernance et le rôle de la recherche pour accompagner la décision publique.

 

Des savoirs locaux comme fondement de l’adaptation

©Willis WAWERU

L’une des idées fortes de la soirée est que les territoires océaniens disposent déjà d’un patrimoine considérable de connaissances sur leur environnement. Alex Dahi, chargé de mission climat à la Province Nord en Nouvelle-Calédonie, a rappelé que les systèmes agricoles traditionnels sont le fruit de plusieurs générations d’observation et d’expérimentation. Cette transmission continue a permis de construire des pratiques adaptées aux conditions locales et constitue aujourd’hui une ressource essentielle pour penser l’adaptation aux changements climatiques.

Les travaux de CLIPSSA contribuent précisément à documenter ces savoirs afin de mieux comprendre comment ils peuvent nourrir les politiques publiques. Cette réflexion est prolongée par Maya Leclercq, qui souligne que l’ambition du projet est de changer d’échelle. Il s’agit de partir des expériences locales pour identifier des enseignements susceptibles d’alimenter les stratégies territoriales d’adaptation.

Observer les changements climatiques à hauteur de terrain

©Fabrice CHARLEUX

Les témoignages des agriculteurs·trices rappellent que les effets des changements climatiques ne relèvent plus seulement des projections scientifiques. À Moorea, Naumi Tapi a décrit les transformations observées sur la tarodière de la Maison Kellum.  Elle a pu exprimer la difficulté de faire face aux aléas accablant ses cultures comme les épisodes de chaleur de plus en plus intense, l’évolution des régimes de pluie, les difficultés croissantes pour travailler au champ en milieu de journée ou encore la lutte contre l’érosion des sols. Son intervention souligne combien les adaptations agricoles se construisent d’abord à partir de l’observation quotidienne des changements environnementaux.

Jason Temaui-Man, président de l’association Te Motu, prolonge cette réflexion en interrogeant les modèles agricoles importés. Selon lui, les agricultures tropicales disposent de cultures vivrières particulièrement adaptées aux conditions locales, comme le taro, le manioc ou le chou kanak. Il rappelle également que certaines îles du Pacifique pourraient franchir, à terme, un « seuil d’habitabilité », renforçant l’urgence d’adapter les systèmes agricoles dès aujourd’hui.

 

Quand la recherche éclaire l’action

Maya Leclercq, Dakéga Ragatoa ©Fabrice CHARLEUX

Les résultats scientifiques de CLIPSSA viennent donner une profondeur supplémentaire à ces constats de terrain. Dakéga Ragatoa a présenté notamment les travaux consacrés aux effets de la chaleur sur les activités agricoles. Les simulations montrent que l’augmentation des températures pourrait progressivement réduire les rendements agricoles, avec des conséquences directes sur les revenus des exploitants et la sécurité alimentaire.

Il rappelle également que des pratiques comme l’agroforesterie ou le paillage constituent déjà des pistes d’adaptation prometteuses pour limiter les effets des fortes chaleurs sur les cultures. Les échanges mettent ainsi en évidence la complémentarité entre les observations des agriculteurs·trices et les résultats issus de la recherche. Les premières permettent d’identifier les transformations déjà à l’œuvre, tandis que les seconds offrent des outils pour anticiper leur évolution et accompagner la décision publique.

Adapter les pratiques… mais aussi les modes de gouvernance

La soirée rappelle enfin que l’adaptation ne repose pas uniquement sur les innovations techniques. François Fao a mis en avant l’organisation institutionnelle propre à Wallis-et-Futuna, où administration, assemblée territoriale et autorités coutumières partagent la gouvernance du territoire. Il souligne que cette diversité d’acteurs·trices constitue un atout pour construire des réponses collectives aux changements climatiques, à condition d’articuler les différentes temporalités de décision et de reconnaître pleinement la place des autorités coutumières dans les politiques d’adaptation.

De son côté, Jason Temaui-Man insiste sur la nécessité de renforcer les moyens consacrés à l’adaptation et d’inscrire ces enjeux dans le débat public afin de donner aux territoires les capacités d’agir à la hauteur des défis climatiques.

Une démonstration concrète de l’esprit CLIPSSA

Chanteuse Papehau ©Willis WAWERU

L’un des moments les plus marquants de la soirée intervient finalement en amont de la table-ronde elle-même. Au cours de la rencontre entre l’équipe scientifique et les pouvoirs publics, lors des journées science-gestion (article à retrouver ici). Des discussions ont eu lieu sur la meilleure résistance de certaines variétés d’ignames face aux changements climatiques. Naumi Tapi a, spontanément, proposé à Alex Dahi de poursuivre les discussions sur le terrain. Une visite fut donc organisée à Moorea, en amont de la table-ronde, afin d’explorer les possibilités d’expérimenter cette culture localement et de réfléchir à la mise en place d’un chantier-école associant les jeunes des deux territoires.

Les chercheurs·euses présents à la table-ronde ont pu confirmer que cette piste apparaît cohérente avec les premiers résultats des simulations agricoles, tout en rappelant que des essais seront nécessaires pour la valider. Cet échange illustre parfaitement l’esprit de CLIPSSA. Ce projet de recherche-action avait, en complément de l’avancée des savoirs scientifiques sur le Pacifique Sud, pour objectif de faire dialoguer les savoirs, de favoriser les rencontres et de créer les conditions de nouvelles collaborations entre territoires. La soirée s’est conclue par un temps d’échange convivial autour d’un cocktail animé par la chanteuse Papehau, prolongeant les discussions engagées tout au long de la rencontre.

Vous pouvez retrouver le live replay de cette soirée sur ce lien : live replay Projection-débat et documentaire et les affiches de la soirée.