Accueil > Actualités > Des ateliers dans les villages et des conférences à Santo et Efate pour partager et débattre des résultats CLIPSSA au Vanuatu 

@Jean-Michel BORE

Retour sur 4 ans d’enquêtes et de recherches inédites interdisciplinaires : Quand les recherches en sciences du climat et en sciences sociales sont débattues avec les Ni-Vanuatu pour dessiner une agriculture de demain.

Le projet CLIPSSA (2021-2026) arrive au terme de quatre années de recherches interdisciplinaires inédites et les résultats obtenus au Vanuatu dévoilent un constat crucial : une connexion interdisciplinaire s’avère bénéfique et pertinente.

Du 28 avril au 7 mai, des ateliers organisés dans les villages d’Ipayato, d’Epao et de Mangaliliu, ainsi que plusieurs conférences à Santo et Efate, ont permis de croiser projections climatiques, simulations agricoles et savoirs locaux. Au cœur des échanges : l’avenir de la production agricole, la gestion des risques climatiques et les formes concrètes d’adaptation déjà inventées par les agriculteurs et agricultrices ni-Vanuatu. Ces rencontres ont montré qu’une agriculture plus résiliente se construit autant dans les modèles scientifiques que dans les jardins, les discussions villageoises et les expériences partagées.

Catherine SABINOT, Samson JEAN MARIE, Gildas GUIDIGAN, Hong-Hanh LE et Ida PALENE se sont rendus à Vanuatu du 28 avril au 7 mai afin de restituer les résultats auprès des agriculteurs et agricultrices d’Ipayato, Sud-Santo, Epao, Est-Efate et Mangaliliu, Ouest Efate. Ce temps d’échange a permis de présenter les principaux résultats, de partager différents supports (affiches, etc.) et, d’une certaine manière, d’aboutir un travail collaboratif. Au total 300 personnes furent concernés par ces restitutions.

@Ambassade de France au Vanuatu

Des restitutions ont également été organisées auprès du Vanuatu Agricultural Research and Technical Centre ainsi qu’au Vanuatu Meteorology and Geohazards Department. Une conférence a par ailleurs été donnée à l’Université du Vanuatu le 6 mai, suivie, le 7 mai, d’une rencontre avec l’ambassadeur de France à Port-Vila pour échanger autour de ces résultats.

Qu’a produit CLIPSSA en termes de projections climatiques ?

Les modèles climatiques globaux ne sont pas assez précis pour tenir compte des spécificités des îles du Pacifique Sud. Afin d’appréhender finement les particularités de ces îles, CLIPSSA utilise des modèles climatiques à haute résolution, en collaboration avec Météo-France, dont ALADIN (20 km) et AROME (2,5 km). C’est ce que l’on appelle la descente d’échelle dynamique.

D’ici la fin du siècle, les projections climatiques réalisées dans le cadre du scénario SSP3.7-0 dessinent une tendance nette pour le Vanuatu : le pays devrait continuer à se réchauffer. La température moyenne régionale pourrait augmenter d’environ +1,1 °C entre 2036 et 2065, puis atteindre près de +2,6 °C entre 2071 et 2100. Ces données sont calculées en fonction d’une période de référence de 1991-2020. Si l’évolution globale des pluies annuelles reste incertaine, les résultats indiquent en revanche un risque accru de sécheresses, y compris pendant la saison habituellement humide, de novembre à avril. Les vagues de chaleur devraient, elles aussi, devenir plus fréquentes, en moyenne entre 4 puis 6 jours entre 2036 et 2065, jusqu’à 9 jours entre 2071 et 2100.

Quels sont les résultats sur les tubercules taro et igname ?

Grâce au modèle APSIM-NextGen (le modèle de simulation de croissance des cultures nourri par des données climatiques et agronomiques… spécifiques au territoire étudié), nous constatons une baisse significative du rendement potentiel de la production de taro notamment la variété Fidji qui est un taro d’eau. La hausse des températures agira comme une contrainte majeure, provoquant une instabilité des rendements pouvant aller jusqu’à -60% en fin de siècle. Enfin, le temps nécessaire à la culture pour récupérer après un choc climatique passera d’un an à quatre ans aujourd’hui à huit ans en 2071.

L’igname, quant à lui, apparaît comme plus résilient, montrant une robustesse et une résistance. L’igname Dioscorea alata (DA) maintient des rendements stables et un temps de récupération rapide (1 à 2 ans) tout au long du siècle.

Quant à l’igname Dioscorea esculenta (DE), elle s’avère être la variété la plus résiliente, enregistrant des gains de rendement les plus élevés (+42%) dans les scénarios les plus secs. Le Vanuatu fait face, de ce fait, à une transformation majeure de la viabilité de ses cultures. Aux résultats observés sur les terrains, la force de la production agricole réside dans la polyculture des espèces.

Savoirs en mouvement : femmes, ancrages locaux et pluralité des espace-temps

@Ida PALENE

L’originalité de CLIPSSA repose sur son approche collaborative : les populations locales ne sont pas de simples bénéficiaires, elles participent à la co-production des connaissances. Au Vanuatu, de longs mois d’enquêtes ethnographiques ont permis de cartographier la vitalité et la circulation des savoirs locaux. La diversité des schémas d’adaptations des savoirs locaux ainsi que leurs modalités de circulations peuvent servir les politiques publiques en matière d’aménagement face aux changements climatiques.

@Samson JEAN-MARIE