Les journées sciences-gestion du 23 et 24 juin 2026 ont marqué la semaine des assises de clôture du projet CLIPSSA. Au sein de la Présidence de la Polynésie française à Papeete, pouvoirs publics, scientifiques et société civile se sont retrouvés pour aborder comment les résultats de ce projet recherche-action, pouvaient aider à anticiper les risques causés par les changements climatiques.

©Fabrice CHARLEUX
CLIPSSA : comprendre le climat pour anticiper l’avenir
“La portée de cet accomplissement est immense, car dans le Pacifique, la science n’est pas un simple supplément d’âme, ni un outil d’expertise facultatif”
Moetai Brotherson, Président de la Polynésie française

Grâce à l’invitation et la co-organisation du gouvernement de la Polynésie française, l’IRD, Météo-France et l’Agence française de développement (AFD) ont pu accueillir les points focaux du projet venant de la direction de l’agriculture de Polynésie française, du service de l’agriculture, de la forêt et de la pêche et du service de l’Environnement de Wallis-et-Futuna, du service météorologique et hydrométéorologique (VMHS) du Vanuatu, ainsi que des représentant·es du gouvernement la Nouvelle-Calédonie, de la Province Nord et de la Province Sud, de la Technopole Nouvelle-Calédonie et du bureau d’études Bio eKo consultants à la semaine des assises de clôture du projet CLIPSSA.
Des échanges variés autour de l’adaptation au changement
“CLIPSSA a reposé sur une conviction forte : les réponses aux défis climatiques nécessitent le croisement des disciplines et des savoirs.”
Mélanie Roué, Représentante de la Représentation IRD en Polynésie française
Les journées sciences-gestion du mardi 22 juin et du mercredi 23 juin 2026, ont créé le lien entre savoir scientifique et action publique à la Présidence de la Polynésie française. Ouvert en présence du Président Moetai Brotherson et d’une partie de son gouvernement, l’équipe scientifique a pu accompagner les directions et services publics des différents territoires étudiées à émettre des pistes d’adaptation pour le futur proche, à partir des résultats scientifiques, au cours d’une série d’ateliers créatifs, en étroite collaboration avec les équipes de la Direction des Talents et de l’Innovation (DTI) du gouvernement polynésien.
Ces journées s’inscrivent dans la continuité des assises intermédiaires organisées à Nouméa, en mars 2025. Celles-ci avaient créé “un espace de dialogue” entre les équipes scientifiques, les gestionnaires et les acteurs des territoires afin de favoriser l’appropriation des résultats produits dans le cadre du projet. L’objectif de l’ensemble de ses rencontres est de concevoir des dispositifs (plans d’adaptations) capables de répondre aux attentes des populations locales.

Moetai Brotherson et Mélanie Roué ©Fabrice CHARLEUX
107 participant·es ont ainsi pris part à l’ensemble des deux journées, incluant les équipes scientifiques et la DTI. Celles-ci venaient des services gouvernementaux, des partenaires (Météo-France, AFD), des collectivités, d’associations, du monde agricole et représentaient les quatre territoires du projet.
L’enjeu principal de ces rencontres a été de répondre au mieux aux différentes attentes des parties prenantes. En effet, les scientifiques, les gestionnaires et la société civile ne cherchaient pas à répondre aux mêmes besoins.
L’objectif était de réaliser des ateliers capables de toucher les différentes problématiques, à savoir :
- « Comment identifier l’utilité et l’usage des données ? » pour les scientifiques
- « Comment mobiliser des données scientifiques dans les plans d’action/politiques publiques ? » pour les gestionnaires
- « Comment comprendre le climat futur, les forces et fragilités des territoires pour face aux défis futurs ? » pour la société civile.

©Maya LECLERCQ
Comprendre et assimiler
“C’est bien d’avoir ces données climatiques pour pouvoir orienter nos travaux d’expérimentations, pour caractériser au mieux nos variétés face aux changements climatiques”
Sébastien BLANC, Responsable du centre des tubercules tropicaux – Technopole Nouvelle-Calédonie
La première matinée a été consacrée aux temps institutionnels, aux discours d’ouverture ainsi qu’aux retours d’expérience, par la suite les travaux se sont articulés autour de deux séquences complémentaires. La première, intitulée “Comprendre, questionner et s’approprier”, était dédiée à la présentation des principaux résultats scientifiques de CLIPSSA. La seconde “Co-construire et intégrer”, réalisée le mercredi matin, visait à accompagner les participant·es dans une réflexion collective sur la manière d’intégrer ces connaissances dans les démarches territoriales d’adaptation.

©Fleur VALLET
L’après-midi, les participant·es ont pris part à une série de mini-conférences organisées autour de cinq thématiques : les températures, les cyclones, les précipitations, les impacts agricoles et les savoirs locaux. Répartis en petits groupes, ils ont successivement rencontré les équipes scientifiques, chaque séquence associant une présentation synthétique des résultats, un temps d’échange avec le/la chercheur·euse puis une réflexion collective autour des “3 U”, l’utilité, l’utilisabilité et l’utilisation des connaissances produites.
Cette organisation a permis à chaque participant d’assister à l’ensemble des présentations tout en favorisant des échanges directs avec les chercheur·euses. Les synthèses réalisées à l’issue de chaque atelier constituent un matériel de travail permettant d’identifier les résultats jugés les plus utiles par les différents acteurs ainsi que les conditions de leur mobilisation.
Approprier et agir
“Comment peut-on inclure les résultats dans les politiques publiques d’adaptation ?”
Fleur Vallet, Géographe, coordonnatrice de projet CLIPSSA – IRD

©Fabrice CHARLEUX
Le mercredi matin, la démarche s’est poursuivie par une séquence consacrée à “l’intégration”. À partir des résultats scientifiques présentés la veille, les groupes de travail ont été invités à identifier les informations qu’ils considéraient prioritaires, à analyser leurs conséquences potentielles pour les territoires puis à les confronter aux orientations des différents plans climat mis à leur disposition avant de proposer plusieurs pistes d’action.
Cette demie-journée s’est conclue par une restitution sous forme de déambulation entre les différents groupes de travail, avant un cercle Samoan. Ce dispositif a permis aux participant·es de partager leurs retours d’expérience dans un format favorisant la prise de parole et l’écoute mutuelle.
L’objectif final n’était pas d’aboutir à des solutions immédiatement mobilisables, mais bien d’engager un processus collectif de réflexion permettant aux participant·es d’expérimenter une méthode de travail fondée sur l’utilisation des résultats scientifiques dans les démarches de planification territoriale.
Le mercredi après-midi, la dynamique engagée lors des journées sciences-gestion s’est prolongée par un atelier dédié au renforcement du volet adaptation du Plan Climat de la Polynésie française (PCPF), organisé par le cabinet K-Ora dans le cadre de son assistance à maîtrise d’ouvrage auprès de la Direction de l’Environnement (DIREN).
En complémentarité directe avec les travaux CLIPSSA, cet atelier visait à franchir une étape supplémentaire : là où les sessions précédentes avaient permis de s’approprier les données climatiques et de prioriser les impacts, il s’agissait désormais de confronter ces résultats aux politiques publiques existantes en Polynésie française, d’évaluer si les mesures d’adaptation qu’elles contiennent sont suffisantes, et de les compléter en s’inspirant d’expériences menées dans des contextes insulaires similaires.
L’atelier a réuni des représentants de plusieurs directions du Pays autour d’une approche par archétype d’île (îles hautes avec barrière récifale, atolls des Tuamotu, centre urbain) proposant de dépasser les logiques sectorielles pour initier la construction de l’adaptation de manière intersectorielle.
Un avenir à prévoir pour ne pas le subir
“Nous venons tous d’états insulaires, et sommes confrontés à des défis communs liés à l’impact des changements climatiques ou des phénomènes météorologiques extrêmes sur notre mode de vie.”
Antfalo Levu Boaz, Directeur des services de météorologie et d’hydrométéorologie du Vanuatu – VMHS
Les retours des participant·es mettent en évidence une forte appréciation du format proposé. Les mini-conférences ont facilité les échanges directs entre chercheur·euses et participant·es, tandis que la présence des facilitateurs a favorisé la prise de parole et la participation de publics très variés. Les résultats consacrés aux sciences du climat, aux sciences humaines et sociales ainsi qu’aux impacts agricoles ont suscité de nombreuses discussions, traduisant l’intérêt porté à ces thématiques.
La matinée du mercredi 24 juin a confirmé cette dynamique, par la forte mobilisation des participant·es. Les ressources scientifiques mises à disposition ont été largement mobilisées au cours des ateliers et les groupes se sont rapidement appropriés la démarche proposée, en établissant de nombreux liens entre les résultats de CLIPSSA et les orientations des plans climat territoriaux.
Ces deux journées ont pu montrer que les dynamiques de dialogues entre scientifiques, gestionnaires et société civile peuvent aboutir à des résultats concrets adaptés aux populations locales et basés sur des données robustes et inédites. Si cette dynamique est poursuivie par les pouvoirs publics par l’appropriation des données scientifiques, alors le projet CLIPSSA pourra permettre de faire émerger des plans d’adaptation capables de guider les actions publiques dans la préservation des modes vies océaniens pour les décennies à venir.
Pour (re)vivre ces journées, n’hésitez pas à aller voir la vidéo highlight sur notre site internet ou la chaîne YouTube de l’IRD. Vous pouvez également retrouvez le programme des journées science-gestion en suivant le lien ci-après les présentations du mardi 23 juin 2026.