Adaptation Future : Combiner science, territoires et connaissances pour s’adapter au climat du Pacifique Sud

 

Un cadre international pour penser l’adaptation

Du 13 au 16 octobre 2025, l’équipe CLIPSSA a participé au colloque international Adaptation Future 2025 à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Inscrit dans le programme des Nations Unies World Adaptation Science Program (WASP), cet événement majeur a réuni chercheurs, décideurs publics, acteurs économiques, associations et communautés locales. Il a offert un espace privilégié d’échanges sur les stratégies d’adaptation face aux effets des changements climatiques, en mettant l’accent sur la reconnaissance des savoirs autochtones et locaux comme leviers de résilience. C’est un écho aux axes de recherche-action et de réflexion sur lesquels repose le projet CLIPSSA.

 

CLIPSSA : une dynamique collective et interdisciplinaire

Lors d’un panel intitulé « Relier les connaissances : approches transdisciplinaires de l’adaptation au changement climatique dans le Pacifique Sud » les chercheurs de CLIPSSA ont démontré la pertinence de croiser les sciences exactes et les savoirs locaux. Ces disciplines s’articulent et coopèrent pour transformer des données brutes en outils concrets d’aide à la décision publique, adaptés aux réalités des terrains concernés (Vanutau, Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna et la Polynésie française).

CLIPSSA opère dans un paysage institutionnel dense, le projet doit harmoniser les intérêts de multiples acteurs (chercheurs, financeurs, techniciens) aux échelles locales et régionales. La coopération, le succès du projet repose donc sur une collaboration fluide et claire entre les partenaires aux épistémologies différentes.

@credits photos, Christophe BUFFET AFD

« Au niveau local, nous travaillons avec un large éventail de parties prenantes, chacune ayant des temporalités et des intérêts différents, qu’il s’agisse d’accéder aux données et aux résultats, ou de contribuer à l’orientation des politiques publiques. » Fleur VALLET, Ingénieur projet et Géographe.

 

L’équipe sciences humaines et sociales : pilliers de la résilience

L’équipe de recherche en sciences humaines et sociales (Maya Leclercq post doctorante  en anthropologie et Samson Jean- Marie doctorant en anthropologie géographie)  démontrent  par des enquêtes et des observations  que l’adaptation est le fruit d’ une intelligence pratique de terrain développée par les agriculteurs de Nouvelle-Calédonie, du Vanuatu et de Polynésie française. Elle résulte d’une compréhension ainsi que d’une observation fine des cycles naturels. Et bien que les menaces soient communes (cyclones, inondations), les réponses sont spécifiques à chaque territoire. L’adaptation n’est pas uniforme : elle s’ancre dans la culture et la géographie locale et évolue selon les contextes, les genres, les ressources qu’elles soient matérielles (équipements agricoles) ou immatérielles (transmission des savoirs endogènes ou exogènes). Il s’illustre alors une philosophie de l’adaptation basée sur l’humilité et la cohésion :

  • Vanuatu : «Quand le cyclone passe, on ne décide pas seul. On se réunit, on regarde ce qui est encore possible».
  • Nouvelle-Calédonie : «On ne peut pas lutter contre l’eau, alors on s’adapte avec elle».

Samson, en visio depuis la Nouvelle-Calédonie @ crédits photos Christophe BUFFET AFD

 

De la modélisation climatique à la simulation agricole

La précision des données climatiques est indispensable pour anticiper les rendements agricoles et sécuriser les ressources en eau dans le Pacifique Sud.

Les modèles climatiques globaux du GIEC ( groupe d’experts intergouvernemental; c’est un organisme de l’Organisation des Nations unies qui évalue les recherches sur le climat) sont souvent trop imprécis pour les petites îles. CLIPSSA affine ces données grâce aux modèles ALADIN (résolution 20 km) et AROME (résolution 2,5 km) pour coller aux spécificités topographiques des îles du Pacifique Sud. C’est la méthodologie de la descente d’échelle, intégrer les particularités de chaque îles, c’est gagner en précisions locales. Cependant, il existe des certitudes et des zones d’ombre, si la hausse des températures est confirmée, l’incertitude demeure sur les précipitations, imposant une surveillance accrue des phénomènes extrêmes comme l’a présenté Dakéga RAGATOA, notre chercheur en modélisations des impacts du changement climatiques sur les systèmes agricoles.  

@crédits photos Christophe BUFFET

Gildas GUIDIGAN (chercheur et modélisateur) va relié ces données en utilisant le modèle APSIMx, (modèle agronomique informatique qui simule la croissance des cultures et leurs interactions avec le sol, le climat et les pratiques agricoles afin d’aider à prévoir les rendements) pour traduire  les données climatiques en impacts réels sur les cultures vivrières (igname, taro). Cela permet de cartographier les zones qui resteront cultivables de celles qui deviendront vulnérables et ainsi offrir des outils concrets, adaptés aux terrains, pour accompagner les stratégies d’adaptations agricoles et une gestion plus durable de l’eau.

 

Une adaptation par et pour les territoires du Pacifique Sud

Pour Séverine BOUARD, géographe et modératrice du panel, l’adaptation ne peut être unique, elle est à l’image de ceux qui la pratique. Chaque île à sa propre organisation sociale et politique. De ces cinq ans de travail un double constat émerge : une collaboration interdisciplinaire riche génère un volume énorme de connaissance, mais révèle aussi des lacunes et des défis démontrant qu’ils restent encore des données manquantes nécessaires à une modélisation fiable et juste.

Séverine BOUARD, modératrice du panel @crédits photos Christophe BUFFET

Les faaapu (jardins océaniens) de Tahiti : Un levier de résilience face au défi climatique- Stage de fin d’études Chloé DELBOVE

Stage de fin d’études réalisé par Chloé DELBOVE
Master : Écologie scientifique et sciences sociales (spécialisation : transformations et transitions socio-écologiques), Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris.
Février-septembre 2025
Encadrantes : Maya LECLERCQ (IRD), Catherine Sabinot (IRD)
Tutrices académiques : Nelly Parés, sociologue, maître de conférences et codirectrice du Master 2, Anne-Caroline Prévot, écologue, Centre d’écologie et de sciences de la conservation (CESCO), Muséum National d’Histoire Naturelle.
Terrain : Tahiti, Polynésie française
Soutenance le 8 octobre 2025 au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris.

 

Résumé de l’article 

Et si la clé de la résilience climatique en Polynésie française ne se trouvait pas seulement dans les rapports techniques, mais au creux des mains de ceux qui travaillent la terre ? À l’heure où les territoires insulaires du Pacifique Sud font face à une vulnérabilité sans précédent (sécheresses, inondations, dépendance alimentaire), les faaapu, les jardins potagers polynésiens, émergent comme de véritables laboratoires d’innovation et de survie.

Faapu de la presqu’île de Tahiti, @crédits photos Chloé DELBOVE 

 

Continue reading

Vanuatu, ces femmes qui (ré)ajustent les pratiques agricoles face au climat qui change- Stage de fin d’études réalisé par Ida PALENE

Femme dans son champ, @crédits photos Ida PALENE

 

Stage de fin d’études réalisé par Ida PALENE
ISTOM : École d’ingénieur en agro-développement international
Durée du stage : Février – Août 2025 
Encadrant(e)s :  Samson JEAN MARIE (IRD), Catherine SABINOT (IRD)
Terrain: Vanuatu
Soutenance :  23 octobre 2025 à l’ISTOM, Angers France, en présence  de Brice EBODE enseignant-chercheur en Géosciences et Environnement et Smaïl SLIMANI, expert hydrogéologue, et de l’équipe CLIPSSA de Nouméa en visio.

 

Ida pendant sa soutenance à Angers, @crédits photos Ida PALENE

 

Dans deux villages ruraux de l’archipel du Vanuatu, des agricultrices réinventent au quotidien les pratiques agricoles, les solidarités et les rôles de genre pour faire face aux bouleversements climatiques et sociaux. Une jeune ingénieure en agro-développement, Ida PALENE, est allée partager leur quotidien.

Continue reading

CLIM’ A TABLE : Sensibiliser par le goût

Une histoire de bouchées sucrées et salées, saveur changement climatique

 Crédits: Caroline Agier Météo France

Le projet CLIPSSA (Climat du Pacifique, Savoirs Locaux et Stratégies d’Adaptation) en collaboration avec la section hôtellerie-restauration du Lycée d’application Auguste Escoffier et le Consortium pour la recherche et l’innovation (CRESICA) a coorganisé un cocktail innovant. Clim à table  met l’accent sur l’alimentation notamment les tubercules emblématiques du Pacifique Sud tels que l’igname, le taro ou la patate douce, au carrefour des enjeux des changements climatiques et de la gastronomie. Le point d’orgue de cette collaboration a vu le jour lors de l’inauguration de la Fête de la Science le jeudi 2 octobre 2025, de 18h00 à 20h00, au restaurant du lycée à Nouméa. CLIPSSA a nourri le cheminement des élèves de la section hôtellerie restauration du lycée Escoffier, entre réunion, échange et rencontre.

Les rencontres qui enrichissent

Pour alimenter leurs connaissances et leurs travaux, les élèves d’Escoffier ont bénéficié, en amont, de l’intervention des chercheurs du projet CLIPSSA dans leurs jardin d’agroforesterie au sein même de l’établissement. Une rencontre enrichissante où ils ont pu échanger avec les scientifiques, poser des questions sur leurs missions, leurs rôles au sein de CLIPSSA. L’occasion de bénéficier de leurs expertises et d’en savoir un peu plus sur les effets des changements climatiques. Une manière non seulement de rendre concrète la réalité de la recherche scientifique mais aussi de montrer qu’il y a des notions qu’ils connaissent déjà et dont certains d’entre eux font l’expérience quotidiennement (adaptation, résilience, travaux agricoles, pêche).

 

Rencontre  avec les chercheurs au jardin d’agroforesterie du lycée. Crédits: Caroline Agier, Météo France 

Un brin d’intelligence et un zeste de créativité

Cette édition 2025 de la Fête de la Science fût placée sous la thématique de l’intelligence, dans ses horizons les plus variés. L’ambassadeur de cette édition, Colin de la Higuera, chercheur et professeur à l’université de Nantes, titulaire de la chaire de l’UNESCO sur l’intelligence artificielle et la pédagogie, a fait son discours sur le maniement de cette dernière au service de la recherche et de l’apprentissage.

 

Crédits: Julien Mazzoni, Les Nouvelles Calédoniennes

De l’art culinaire

Cette intelligence s’est exprimée par un travail créatif de la part des élèves de CAP Hôtellerie et de Terminale BTS du lycée Escoffier. En effet, aidés de leurs professeurs, ils ont créé et servi un cocktail proposant six bouchées salées ( trois froides et trois chaudes) et six bouchées sucrées. Les ingrédients ont été choisis minutieusement selon leurs qualités gustatives, selon ce que cela peut évoquer au niveau des changement climatiques ( exemple: Feux de brousse et chaleurs extrêmes = croquette d’igname fumée au saucisson de cerf)

A l’art oratoire   

La créativité fut au rendez-vous, notamment avec du slam, puisque les élèves participant au projet Clim’ en vers ont pu clamer leurs pensées, toujours sur la même thématique. Cette discipline artistique se définit de deux manières : l’écriture du texte qui permet une liberté et une intimité avec les mots, et la déclamation par l’oralité. Axés autour de mini scénarios, ils se sont portés volontaires pour donner du rythme et une voix face à l’urgence du phénomène climatique. C’est un espace qui fut accordé aux élèves de seconde et de première de la section des sciences de l’hôtellerie et de la restauration.  L’implication des jeunes dans la recherche-action passe par la reconnaissance de leur créativité et l’usage du canal d’expression adéquat. L’intervention de l’équipe de CLIPSSA a été de donner les clés, le vocabulaire spécifique et de veiller à la cohérence avec la thématique abordée.

 Prestations des élèves. Crédits: Caroline Agier, Météo France

Ainsi, l’art, s’il peut être une échappatoire, se révèle un excellent vecteur de vulgarisation scientifique. La cuisine, le restaurant, la salle de classe, deviennent par l’intermédiaire du projet « Clim’à table » de véritables laboratoires et des exemples pour d’autres terrains d’expérimentation et de médiation scientifique, qui restent à explorer. C’est une approche qui contribue à la conscientisation sur les problèmes réels de la société et donc au développement et à la recherche. Les retours et acquis peuvent servir de piste de réflexion en matière de sensibilisation face aux changement climatique auprès des  jeunes générations.

 

Offre de stage 5 à 6 mois – Assistant(e) de projet « Communication & médiation scientifique »

CLIPSSA propose un stage de communication & médiation scientifique de 5 à 6 mois au centre IRD de Nouméa en Nouvelle-Calédonie.

La date limite de candidature est fixée au 15 novembre et les entretiens auront lieu entre le 25 et 27 novembre. La date de démarrage du stage est prévue à compter de mars 2026.

Pour plus d’infos !

Offre de stage IRD CLIPSSA 2026

 

Comprendre les travaux scientifiques en 3min !

 

Comprendre et explorer les enjeux scientifiques de manière claire, synthétique, lisible et ce d’une autre manière, permet de rendre accessible la recherche scientifique à tous types de publics.

 

Les fiches de vulgarisation suivantes ont été créées pour répondre à ce besoin avec le soutien et l’apport en données scientifiques des chercheurs de CLIPSSA :

 

 

D’autres fiches seront bientôt disponibles.

 

Ainsi, alimentées par les recherches et les travaux des scientifiques du projet CLIPSSA, ces fiches traversent différentes problématiques liées aux effets des changements climatiques tels que la gestion de l’eau, l’adaptation des méthodes agricoles ou encore la modélisation climatique.

 

Elles permettent donc d’expliquer des travaux scientifiques complexes de manière simplifiée, tout en contribuant à éclairer les décisions et à encourager l’action et ce en stimulant la réflexion autour des défis du futur.

 

Ces fiches ont été réalisées en collaboration avec l’agence de communication Bien fait pour ta Com, le service graphisme de l’IRD à Marseille et l’équipe de communication CLIPSSA, afin d’allier rigueur scientifique, clarté du propos et qualité visuelle.

 

 

CLIPSSA au Forum Calédonien du Changement Climatique !

Crédits : Gouvernement Nouvelle-Calédonie

 

CLIPSSA à la deuxième édition du Forum Calédonien du Changement Climatique

 

A l’occasion de la deuxième édition du Forum Calédonien du Changement Climatique ce mardi 22 juillet à l’Université de Nouvelle-Calédonie (UNC), l’IRD, Météo-France et l’Agence française de développement (AFD) étaient présents pour accueillir les différents acteurs institutionnels, économiques et académiques.

 

CLIPSSA était présent au village des stands (Météo-France et AFD) ce qui a permis au public de découvrir les avancées et résultats. Des fiches de vulgarisation étaient affichées au niveau des expositions.

 

Crédits : Eléa Yung-Hing IRD

 

Lors de la séance plénière en matinée, les coordonnateurs scientifiques (Christophe Menkès pour l’IRD et Alexandre Peltier pour Météo-France) ont partagé l’état des lieux des travaux des sciences du climat.

 

Crédits : Eléa Yung-Hing IRD

 

Puis en après-midi, l’équipe CLIPSSA a organisé et participé à un mini-séminaire intitulé “Agriculture, alimentation et usages de l’eau : vers une transition durable pour une réponse aux défis climatiques”,Fleur VALLET (géographe et ingénieure projet) et Maya LECLERCQ (socio-anthropologue, postdoctorante) ont animé et modéré les échanges avec les intervenants suivants : Thomas ABINUN (Direction interrégionale Météo-France en Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna), Sebastien BLANC (Technopole), Franck SOURY-LAVERGNE (CAP-NC), Stephane BALAYRE (DAVAR), Julie DEFFIEUX (REPAIR), Yannick FULCHIRON (Agence Rurale), Samson JEAN-MARIE (IRD), Gildas GUIDIGAN (IRD) .

 

La présentation se divisait en 4 grandes thématiques :

 

  • La première portait sur les effets et impacts du changement climatique sur l’agriculture et la ressource en eau. Météo-France, la Technopole et la CAP y ont présenté les principales évolutions des régimes pluviométriques en Nouvelle-Calédonie, ainsi que leurs conséquences concrètes sur les rendements agricoles.
  • La seconde abordait le sujet des enjeux croisés, comment concilier les besoins de l’agriculture, de l’alimentation et des autres usages de l’eau, dans le contexte de la concurrence et de la gestion collective de l’eau, la DAVAR a traité de l’importance globale de la ressource en eau, avec de fortes variabilités spacio-temporelles, des services AEP, des bilans en besoins/ ressource et de la gouvernance locale de l’eau.
  • Ensuite, un point a été fait sur les adaptations, analysant les solutions et pratiques déjà existantes ou à mettre en place. La CAP NC et REPAIR ont échangé sur l‘aménagement du territoire et les politiques agricoles, de l’accompagnement des agriculteurs et du soutien au changement de pratiques, en prenant pour exemple CLIMATERRA et REALISM.

 

  Zoom sur l’équipe CLIPSSA : 

 

  • L’équipe CLIPSSA s’est quant à elle intéressée au sujet en privilégiant une approche d’ordre anthropologique.

Lors de son intervention, Samson Jean-Marie a exposé les stratégies d’adaptation mises en place par les communautés locales lors des sécheresses prolongées, en s’appuyant sur le cas d’un agriculteur ayant abandonné ses plantations, que ses descendants ont su réhabiliter grâce à des solutions innovantes. Expliquant ces différentes solutions, notamment celle du désherbage, différé et localisé, ou encore celle du paillage sur les lignes de cultures ou le paillage localisé, puis le couplage des systèmes d’irrigation, ainsi que la relocalisation des parcelles et leurs mises en place, avec des stratégies pour limiter les impacts des cyclones et de l’érosion.

Gildas Guidigan a ensuite poursuivi en expliquant que les plantes réagissent à certains  changements climatiques tels que les températures élevées, les sécheresses et précipitations irrégulières, les événements extrêmes plus fréquents et les risques accrus pour la productivité agricole par des mécanismes physiologiques, agronomiques, et parfois adaptatifs. En effet le   stress climatique de ces dernières pousse à une baisse de la photosynthèse sous forte chaleur, une fermeture des stomates et  perte de croissance, une réduction de la fertilité (stérilité florale, pollen non viable), et une accélération du cycle (moins de temps pour produire du grain). Par exemple : les tubercules et les céréales dans le Pacifique Sud, plus particulièrement en Nouvelle-Calédonie, ayant des besoins en eau et une vulnérabilité à la chaleur très accrue. 

Dans le but d’expliquer ses recherches, Gildas a présenté l’outil de simulation – APSIM next gen – qui vise à reproduire la croissance des cultures (maïs, riz, etc.), à tester différents scénarios climatiques futurs (RCP 4.5, 8.5…), à évaluer des pratiques agricoles alternatives (semis, irrigation, variétés), ainsi que  la réponse des cultures (riz et maïs) face aux variables climatiques. Des résultats ont été observés, notamment avec le maïs, en effet on observe un stress hydrique croissant pendant la floraison, et une baisse du rendement possible si la date de semis est mal adaptée et pour l’igname, des températures élevées qui provoquent une stérilité florale, et donc une irrigation est indispensable en conditions futures. Les scénarios d’adaptation identifiés sont donc un avancement des dates de semis et un choix de variétés plus résistantes, ainsi qu’une gestion de l’eau optimisée. Les plantes ressentent un stress climatique et leurs réponses peuvent entraîner des pertes de productivité, démontrant l’importance des modèles de simulation tel que APSIM.

 

  • Puis dans un quatrième axe, l’agence rurale, Repair et Technopole ont développé un futur des possibles en s’appuyant sur les modèles alimentaires et agricoles pour demain et les choix collectifs à proscrire pour garantir une agriculture et une alimentation durables face au climat futur. Ont donc été abordés les sujets de la transformation et autonomie des systèmes agroalimentaires, des comportements alimentaires en Nouvelle-Calédonie, des systèmes de production plus autonomes et économes, des services écosystémiques et agroécologie et des variétés locales acclimatées.

 

Retrouvez ici la feuille récapitulative de la table ronde.

 

 

Crédits : Catherine Sabinot IRD

 

 

Une jeunesse forte de propositions et de motivation

 

Le gouvernement souhaitant impliquer la jeunesse dans son plan d’action pour l’adaptation au changement climatique, cette dernière était mise en avant lors de ce forum, notamment à travers le choix du lieu de cet événement. Les cours de spécialités scientifiques ont été banalisés, afin que les élèves puissent assister aux tables rondes. Des activités pédagogiques ont été organisées sur certains stands afin de communiquer et vulgariser les recherches scientifiques auprès des étudiants. Enfin, les médias ont interrogé les jeunes présents dans le public.

 

 

 

Crédits : Gouvernement Nouvelle-Calédonie

 

Ainsi cette session jeunesse fait écho à l’étude réalisée en 2024 par Ilona DA CRUZ GERNGROSS, stagiaire en Master 1 Sciences de la Durabilité en 2024 au sein du projet CLIPSSA, L’Intégration des jeunes dans les processus de consultations et d’élaboration de la stratégie d’adaptation au changement climatique en Nouvelle-Calédonie”

 

 

Crédits : Gouvernement  Nouvelle-Calédonie

 

 

Le projet CLIPSSA met en lumière les stratégies locales d’adaptation face aux bouleversements climatiques dans le Pacifique au 92e colloque de l’ACFAS

À l’occasion du 92e colloque de l’ACFAS, qui s’est tenu du 5 au 9 mai 2025 au Canada sur le thème « perspectives de recherche croisées sur les pratiques de gestion responsable », le projet CLIPSSA (Climat du Pacifique Sud, Savoirs Locaux et Stratégies d’Adaptation) a porté la voix des agricultures insulaires du Pacifique. Dans une communication intitulée « De la perception aux stratégies d’adaptation : pratiques de gestion locale du changement climatique en Nouvelle-Calédonie et au Vanuatu », Samson Jean Marie, doctorant en anthropologie et géographie au sein de ce projet, a présenté les premiers résultats de ces enquêtes de terrain. Il a exposé comment les agriculteurs de ces territoires, en première ligne face aux dérèglements climatiques, adaptent leurs pratiques pour y faire face.

 

Des territoires en première ligne

Les sociétés océaniennes, largement dépendantes des ressources naturelles et agricoles, se retrouvent en première ligne face à l’intensification des perturbations météo-climatiques et environnementales : sécheresses prolongées, cyclones destructeurs, salinisation des terres, décalage des saisons agricoles. Vanuatu, régulièrement classé parmi les pays les plus exposés aux risques climatiques mondiaux, en est une illustration frappante. En Nouvelle-Calédonie, les épisodes répétés de La Niña et d’El Niño provoquent des déséquilibres hydriques et fragilisent la sécurité alimentaire des zones rurales.

À partir d’une centaine d’entretiens menés auprès d’agriculteurs, d’institutions, de responsables politiques et d’organisations locales, Samson, en collaboration avec l’équipe de recherche du projet, analyse la manière dont se construisent et se transmettent les savoirs agricoles face aux aléas climatiques.

Cette démarche, résolument interdisciplinaire, articule anthropologie, agronomie, géographie, sociologie et climatologie, afin de saisir la complexité des dynamiques locales. Dans sa prise de parole, le doctorant a présenté un éventail de réponses adaptatives locales, telles que les pratiques de gestion des cultures, les stratégies de gestion de l’eau, les systèmes d’alerte cyclonique locaux, ainsi que les réponses post-catastrophe identifiées dans les territoires étudiés. « L’adaptation ne se résume pas à une application de recommandations internationales. Elle est vécue, bricolée, discutée, à l’échelle des jardins, des champs, des familles », a expliqué le jeune chercheur.

Des savoirs locaux dynamiques

Contrairement à une idée reçue, les savoirs locaux ne sont pas figés. Ils sont transmis, ajustés, réinventés face aux transformations du climat. Paillage traditionnel, culture en trous, stockage d’eau dans des tanks artisanaux, adaptation des variétés, alertes orales communautaires avant les cyclones : les innovations des agriculteurs prennent des formes diverses, souvent invisibles aux yeux des décideurs, mais centrales pour la résilience locale. « Dans plusieurs villages de Vanuatu et des tribus en Nouvelle-Calédonie, des agriculteurs expérimentés servent de relais d’information avant l’arrivée des cyclones. Ils lisent les signes du vent, des oiseaux, de la mer. Ces marqueurs bio-culturels, couplés avec des informations météo permettent aux agriculteurs de mieux anticiper l’événement [cyclone] », observé plus largement par l’équipe de recherche.

De la parole aux actes : quand les pratiques locales montrent la voie

En documentant ces savoirs, le projet CLIPSSA souligne que les communautés rurales du Pacifique ne sont pas simplement « vulnérables » aux effets du changement climatique : elles sont déjà en action, souvent de manière pragmatique et innovante, loin des projecteurs médiatiques ou des politiques climatiques internationales. Autrement dit, ces initiatives incarnent déjà une démarche de gestion responsable du changement climatique et environnemental à l’échelle locale. Elles constituent des bases concrètes sur lesquelles les politiques publiques et les institutions peuvent s’appuyer.

Le colloque de l’ACFAS a ainsi offert une tribune pour rappeler l’urgence de faire évoluer les approches quant aux considérations des pratiques agricoles locales d’adaptation dans les politiques climatiques. Comme pour répondre à l’intitulé du colloque « perspectives de recherche croisées sur les pratiques de gestion responsable » et de la conférence débat « passer de la parole aux actes », le doctorant répond : « qu’il est temps de passer de la parole aux actes. Et cela commence par reconnaître que l’adaptation ne se décrète pas, mais elle se construit avec les premiers concernés : les habitants eux-mêmes. Les pratiques locales, notamment celles en lien avec les réponses adaptives aux impacts du changement climatique, sont une forme d’expertise locale en acte. Les ignorer, c’est se priver de leviers essentiels pour une adaptation durable ».

Plantation de taro dans la « voura » d’Ipayato (Santo, Vanuatu) @ Samson JEAN MARIE

 

Les équipes scientifiques CLIPSSA sur le terrain

Dans le cadre du projet Climat du Pacifique, Savoirs Locaux et Stratégies d’Adaptation (CLIPSSA), les chercheurs en sciences humaines et sociales (SHS) se sont déployés sur le terrain dans les quatre pays et territoires concernés : Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna, Polynésie française et Vanuatu. Objectifs : documenter et rendre compte des savoirs agricoles locaux, ainsi que leur dynamique d’ajustement face aux défis du changement climatique.

 

Quelques chiffres clés

A ce jour,  les équipes SHS ont réalisé plusieurs centaines d’entretiens dans les différents sites étudiés :

  • Nouvelle-Calédonie (La Foa, Canala et Maré) : 89 agriculteurs, 11 acteurs institutionnels et politiques ; 
  • Vanuatu (Espiritu Santo et Efate) : 43 agriculteurs, 12 acteurs institutionnels et politiques
  • Polynésie française (Tahiti et Moorea) :  57 agriculteurs, 3 transformateurs, 36 acteurs institutionnels, 10 chercheurs
  •  Wallis-et-Futuna (Futuna et Alo) : 25 agriculteurs, 10 acteurs institutionnels

 

Trois mois de terrain en Polynésie française au premier semestre 2025

D’avril à juillet 2025, le postdoctorant modélisateur Dakéga RAGATOA (en charge de la Polynésie française et Wallis-et-Futuna) et l’ingénieure de projet Fleur VALLET ont accompagné l’équipe SHS sur le terrain, composée de Maya LECLERCQ (anthropologue postdoctorante), Chloé DELBOVE et Moeana PENLAE (stagiaires en SHS).

 

Rencontres institutionnelles et restitutions intermédiaires

Sur les îles de Tahiti et Moorea,  les chercheurs et chercheuses ont échangé avec  la Chambre de l’Agriculture et de la Pêche Lagonaire (CAPL), la Direction de l’Agriculture (DAG), le CRIOBE, les cabinets AgroDev et Pae Tai Pae Uta (PTPU), ainsi qu’avec le lycée agricole d’Opunohu et les porteurs du projet “Taro ITE”, soutenu par l’initiative KIWA.

Restitution publique à l’Université de Polynésie française

Le 22 avril, un séminaire à la Maison des Sciences de l’Homme du Pacifique (MSHP) a permis à Maya et Dakéga de présenter les méthodologies et premiers résultats du projet. Cette restitution publique s’inscrit dans une démarche de vulgarisation scientifique et d’implication des acteurs locaux. L’événement a réuni l’agence AFD en Polynésie française, des représentants associatifs, des étudiants et des chercheurs. Une seconde restitution a également eu lieu au lycée Saint Joseph de Punaauia, où Dakéga a présenté le modèle agroclimatique APSIMX, utilisé pour simuler les effets futurs du climat sur les cultures, notamment les tubercules (igname, taro, manioc…) du Pacifique.

Retrouvez ici l’enregistrement intégral du séminaire.

Pour en savoir plus : Du savoir local à la simulation : une approche intégrée pour anticiper les impacts climatiques sur les tubercules du Pacifique

 

A la rencontre des acteurs de terrain

Maya, anthropologue chargée de la coordination des enquêtes de terrain en Polynésie française, a encadré, avec le soutien de Catherine SABINOT, anthropologue à l’IRD et coordinatrice scientifique de CLIPSSA, les enquêtes de terrain auprès des agriculteurs menées par Chloé et Moeana. Elles réalisent leur stage de fin d’étude au sein du projet CLIPSSA, dans le cadre de leur Master, au Muséum National d’Histoire Naturelle pour Chloé, et à l’Université de Polynésie française pour Moeana. Elles ont toutes deux passé plusieurs semaines auprès des agriculteurs, à Moorea pour Moeana et sur la presqu’île de Tahiti pour Chloé, afin de mieux comprendre leurs pratiques et stratégies d’adaptation pour faire face aux impacts du changement climatique. Elles ont ainsi complété les résultats produits en 2024 par Maya et Marie-Amélie RICHEZ. 

Par ailleurs, cette mission s’est clôturée par l’organisation de plusieurs ateliers-restitutions auprès des publics de l’enquête : les futurs agriculteurs en formation BTSA du lycée agricole de Moorea, les agriculteurs de Moorea, et ceux de la presqu’il de Tahiti rencontrés.

Pour en savoir plus : Restitution des travaux scientifiques de CLIPSSA au Lycée Agricole d’Opunohu, Moorea

 

 

Trois mois de terrain à Vanuatu au premier semestre 2025

En parallèle, Samson JEAN MARIE, doctorant en anthropologie et géographie et Ida PALENE, stagiaire de l’ISTOM, ont réalisé six mois d’enquêtes cumulées en immersion à Efate et Espiritu Santo. Catherine SABINOT les a accompagnés durant deux semaines. De plus, en avril Gildas GUIDIGAN, postdoctorant modélisateur, a rejoint l’équipe durant 3 semaines afin d’appréhender le terrain et rencontrer les acteurs institutionnels disposant de données agricoles.

Rencontres institutionnelles et scientifiques

Afin d’assurer la bonne collaboration avec les institutions de chaque territoire, de nombreuses rencontres ont été organisées. 

A Efate, ils ont échangé avec le Vanuatu Meteorology and Geohazards Department (VMGD), le Department of Agricultural and Rural Development (DARD), ainsi que des représentants du projet Van-KIRAP (Vanuatu Klaemet Infomesen blong Redy, Adapt mo Protekt), qui vise à renforcer la résilience pays face aux effets des changements climatiques. 

Sur l’île d’Espiritu Santo, une visite de travail à Vanuatu Agriculture Reserach and Training Center (VARTC) a été organisée par Marie Vianney MELTERAS, directrice de recherche du centre, également point focal pour le projet CLIPSSA au Vanuatu. 

Une ethnographie des savoirs agricoles

Samson et Ida ont partagé pendant plusieurs semaines le quotidien des communautés agricoles rurales, de Santo et d’Efate. Dans les foyers, les champs, les marchés, les sentiers forestiers ou les rivières, les deux jeunes chercheurs ont multiplié les rencontres : avec des anciens, des jeunes, des femmes et des hommes, mais aussi avec des acteurs institutionnels et coutumiers. Loin d’une approche distante, ils ont choisi une méthode immersive fondée sur l’observation participante, le dialogue et l’écoute attentive. Accompagnés ponctuellement durant leur séjour par Catherine, ils ont mobilisé un éventail de méthodes : entretiens semi-directifs (individuels et collectifs), observations participantes, ateliers débats, et relevés géoréférencés de champs et des lieux de partage de savoirs.

Des systèmes agricoles en constantes adaptation

Leur enquête révèle un large éventail de stratégies d’adaptation mises en œuvre par les familles agricoles : diversification des parcelles, rotations culturales, maintien de systèmes d’irrigation traditionnels, mise en culture de zones plus reculées…

Alors que Samson inscrit ce travail dans sa thèse sur les savoirs locaux et les capacités d’adaptation, Ida a porté une attention particulière au rôle des femmes, souvent invisibilisées malgré leur place centrale dans les activités du champ, de la préservation et de partage des semences.

Au retour de terrain, les deux jeunes chercheurs ne rapportent pas seulement des données dans leurs carnets : ils reviennent aussi enrichis d’une langue qu’ils harem save (comprennent) et toktok (parlent) désormais, le bislama. Témoignage vivant de leur immersion et de la relation tissée avec les communautés rencontrées.

 

 

 

CLIPSSA, entre fourche, fourneau et prévisions climatiques

Dans le cadre de leurs enquêtes de terrain, les chercheurs s’imprègnent aussi au mieux de la transformation des denrées étudiées dans CLIPSSA. Du laplap vanuatais au Nalot, repas traditionnel des îles de l’archipel, en passant par les ateliers de lait de coco à Taravao en Polynésie française, les équipes se sont plongées dans les cultures culinaires de leurs hôtes. 

Ces activités font écho et s’inscrivent dans le sillage de l’enjeu de la souveraineté alimentaire des îles du Pacifique, en toile de fond du projet CLIPSSA.

Pour aller plus loin : consultez les prochains articles d’actualités sur les rapports de stage en sciences humaines et sociales. 

Adaptation des pratiques agricoles et gestion de l’eau à Moorea : Transmission et évolution des savoirs locaux face au changement climatique – Stage de fin d’études réalisé par Moeana PENLAE

Stage de fin d’études réalisé par Moeana PENLAE 
Université de la Polynésie française – Master 2 Biodiversité, Écologie et Environnement parcours Environnements Insulaires Océaniens (BEE – EIO) 
Février – Juillet 2025 
Encadrantes : Maya LECLERCQ (IRD), Catherine SABINOT (IRD) 

Soutenance : le 17 juin 2025 à l’UPF en présence 4 professeurs/chercheurs en tant que jury, de Maya Leclercq et des élèves de la promotion avec l’équipe CLIPSSA de Nouméa en visio 

A participé à l’animation de 3 restitutions-ateliers à Tahiti et Moorea en juin et juillet 2025, réunissant des étudiants en formation agricole et des agriculteurs locaux rencontrés sur le terrain.  

Figure 1 : Photo d’une des restitutions-ateliers menée à Moorea auprès des étudiants en BTS Agricole et des stagiaires en Formation à l’Installation Agricole (FIA) au Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole (CFPPA) de Opunohu (Source : Maya Leclercq, juin 2025) 

 

Résumé de l’article 

Les territoires insulaires du Pacifique sont particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique, notamment en ce qui concerne l’agriculture à petite échelle, soumise à des aléas tels que l’irrégularité des pluies, les sécheresses et la fragilité des écosystèmes. Dans ce contexte, une bonne gestion de l’eau et la préservation des savoirs agricoles adaptés sont essentielles pour garantir la sécurité alimentaire. Cette étude, menée à Moorea dans le cadre du projet CLIPSSA, s’intéresse à la manière dont les agriculteurs s’adaptent aux défis environnementaux. Notre équipe a mené des entretiens, des observations de terrain et des ateliers participatifs, mettant en évidence une diversité de stratégies locales : utilisation d’indicateurs environnementaux traditionnels, techniques innovantes comme les systèmes de drainage ou le compostage. L’étude met en lumière deux grands types de savoirs agricoles : d’une part, les anciens savoirs transmis oralement ou par observation, comme les cycles lunaires (tarena) ou la phénologie des plantes ; d’autre part, des savoirs contemporains issus de pratiques modernes, transmis via les médias, les vidéos en ligne ou les formations. En effet, il existe des formes hybrides de transmission, où les connaissances circulent à travers des échanges entre pairs, les réseaux sociaux ou des dispositifs de formation mêlant pratiques empiriques et apports techniques. Toutefois, ces savoirs sont fragilisés par des contraintes socio-économiques comme le désintérêt de la jeunesse dans le secteur agricole ou encore les difficultés d’accès à la terre. Le travail met donc en évidence les fragilités de la transmission des savoirs agricoles, et souligne l’importance d’ancrer les politiques d’adaptation ancrées dans les réalités locales. 

 

Contexte de l’étude 

Les îles hautes comme Moorea sont particulièrement vulnérables au changement climatique : précipitations extrêmes, inondations, glissements de terrain, sécheresses prolongées. Ces aléas menacent la sécurité alimentaire locale et compliquent la gestion de l’eau, notamment pour les cultures sensibles comme le taro ou les cultures maraichères. Pour cette étude, le terrain d’enquête concerne une portion importante de l’île de Moorea qui comprend un lotissement agricole et le lycée agricole dans la vallée d’Opunohu et des vallées où est pratiquée l’agriculture vivrière.  

Figure 2 : Site de l’étude 

 

En plus des problématiques liées au climat, les agriculteurs doivent faire face à plusieurs contraintes sociales. La jeunesse se détourne souvent de l’agriculture, attirée par des emplois perçus comme plus valorisants. L’accès au foncier reste difficile, avec des terres partagées ou non sécurisées. Enfin, les savoirs anciens se perdent peu à peu avec le vieillissement des agriculteurs, dont l’âge moyen est de 49 ans (RGA 2023), menaçant la transmission des connaissances et la relève générationnelle. 

L’étude repose sur 18 entretiens semi-directifs réalisés de mi-avril à fin mai sur l’île de Moorea auprès des acteurs institutionnels (Direction de l’Agriculture (DAG), Chambre de l’Agriculture et de la Pêche Lagonaire (CAPL), etc.) et des agriculteurs, et des échanges informels avec des vendeurs de fruits et légumes en bord de route.  

Principaux résultats 

Les résultats mettent en lumière une diversité de pratiques d’adaptation qui témoignent à la fois d’un ancrage culturel fort et d’une grande capacité d’innovation : 

  • L’eau : un enjeu central
    En période de fortes pluies (décembre-janvier en Polynésie française), l’excès d’eau représente aujourd’hui un des principaux défis climatiques pour les agriculteurs de la vallée d’Opunohu, en particulier pour des cultures sensibles comme le taro, la banane ou la papaye qui souffrent de la saturation des sols. Dans certaines zones, des systèmes de drainage (caniveaux) ou de collecte d’eau de pluie ont été mis en place, parfois de façon artisanale. Toutefois, les ateliers menés auprès des agriculteurs ont montré que cette contrainte n’est pas partagée par tous : sur les terrains en pente, le ruissellement naturel permet d’évacuer l’eau plus facilement, limitant ainsi les risques d’engorgement. 

Figure 3 : Photo d’un caniveau creusé sur le terrain d’une agricultrice à Opunohu (Moorea) pour évacuer l’excès d’eau (Source : Moeana Penlae, juillet 2025) 

 

  • Choix des cultures selon le contexte local
    Les producteurs adaptent leurs choix à la topographie, à la qualité des sols et à l’accès à l’eau : bananiers en zones humides, agrumes sur les hauteurs, ananas en terrain sec. Certains diversifient leurs cultures pour réduire les risques. 
  • Des savoirs en constante hybridation
    Beaucoup d’agriculteurs continuent d’utiliser des repères traditionnels comme le tarena ou les signes de la nature (phénologie des plantes, apparition de certains insectes signifiant qu’il va pleuvoir, etc.). Ces repères sont combinés avec des sources modernes comme les tutoriels en ligne, les conseils de la DAG ou des formations agricoles (CFPPA). 
  • Un lien fort au territoire
    Le fa’a’apu est plus qu’un champ : c’est un lieu d’apprentissage, de mémoire et d’identité. Il incarne une relation sensible au fenua, un terme tahitien qui désigne généralement un pays, une terre ou un territoire. Il est souvent associé à tout ce qui touche au sol, à l’environnement ou à l’appartenance culturelle.  
  • Une transmission fragilisée
    Le savoir agricole a longtemps circulé traditionnellement par l’observation et la pratique entre générations. Aujourd’hui, cette transmission se perd, car les jeunes s’intéressent moins au secteur agricole, le métier d’agriculteur étant peu valorisé. 

 

Moins dépenser pour s’adapter

Dans un contexte de ressources limitées, les agriculteurs développent des solutions low-cost et autonomes, souvent en dehors des dispositifs institutionnels : 

  • Compost naturel à base de restes alimentaires, feuilles de bananier, déchets végétaux ou déchets de poisson, 
  • Bacs enterrés et bâches de récupération pour stocker l’eau de pluie, 
  • Culture en buttes ou en zones surélevées, pour lutter contre l’eau stagnante, 
  • Associations de cultures pour optimiser l’humidité du sol (ex : planter des bananiers autour des cultures) 

Il est constaté que pour faire face au changement climatique, de nombreux agriculteurs mettent en place des solutions simples et peu coûteuses, souvent fabriquées par eux-mêmes. En 1962, Claude Lévi-Strauss décrit le « bricoleur » comme une personne qui assemble de manière créative les matériaux dont elle dispose pour résoudre des problèmes, illustrant ainsi l’inventivité des pratiques à travers une pensée souple et débrouillarde. Ces pratiques traduisent aussi un certain isolement : faute d’accompagnement ciblé, l’adaptation repose sur les efforts individuels. 

 

Conclusion 

L’agriculture à Moorea est aujourd’hui traversée par plusieurs enjeux : climatiques, sociaux, institutionnels. Pourtant, les agriculteurs font preuve d’une résilience active en inventant de nouvelles manières de cultiver, d’apprendre et de transmettre. Cette résilience repose sur : 

  • Une connaissance fine du milieu, 
  • Une capacité à tester, ajuster, bricoler, 
  • Un attachement culturel fort au fenua, 
  • Et une volonté de faire perdurer un mode de vie lié à la terre. 

Pour renforcer cette dynamique, il est urgent de : 

  • Reconnaître les agriculteurs comme co-acteurs de l’adaptation, 
  • Soutenir les solutions plus modestes et innovations locales, 
  • Créer des espaces d’échange intergénérationnels, 
  • Inclure les savoirs locaux dans les politiques publiques climatiques. 

Cette recherche, bien qu’ancrée à Moorea, propose des enseignements pour d’autres territoires insulaires. Elle montre que les savoirs agricoles locaux ne sont pas des choses du passé, mais des ressources utiles pour construire un avenir plus solidaire, autonome et adapté au changement climatique.